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Rapport d'audit sur une Bananeraie
(Pr Ahmed Skiredj)
Exercice:
Vous êtes sollicités pour faire un rapport d'audit sur le fonctionnement d'une bananeraie et les compétences du gérant. Comment allez-vous procéder?
Réponse:
L'audit est une analyse complète de l'exploitation, permettant de porter un jugement objectif sur le degré de réussite du système de production, ainsi que sur la compétence du gérant en matière du train technique appliqué à la culture, de l'organisation du travail, de la gestion du personnel et du résultat global obtenu durant les trois dernières années de l'exploitation. Cet audit vise aussi à aider à mieux diagnostiquer la bananeraie, en analysant les données techniques, environnementales, commerciales et humaines mises en œuvre. Le présent rapport écrit comporte l'analyse détaillée de cet audit ainsi que les recommandations et conseils pratiques à mettre en oeuvre.
Deux principales approches ont été suivies :
- Audit de vérification : C'est une analyse de l'état du système de production, du point de vue de l'organisation, du résultat et des compétences. Il s'agit d'une approche à la fois globale et technique, basée sur la méthodologie et l'expérience; l'audit est réalisé en présence du gérant et en consultant ses rapports et documents.
- Audit d'agrément : L'agrément vérifie l'état du système vis-à-vis d'un référentiel existant et connu, tel que le respect d'exigences et de normes préalablement définies. Cet audit est réalisé indépendamment du gérant.
D'une manière globale, en comparant les données de l'année 1998 (référence : un mémoire de fin d'études agro.) et des années 2001, 2002 et 2003 (Référence : documents manuscrits du gérant), l'audit révèle une sérieuse dégradation de la bananeraie comme le montre le tableau suivant :
Serres/années |
Superficie (ha) |
Rang de génération |
% du nombre de régimes récoltés sur le peuplement global |
Production (T/serre/an) |
Rendement (T/ha/an) |
Serre 11- 1998
11- 2001
11- 2002
11- 2003 |
1,1 |
2
5
6
1 |
1420/2200= 64,5 %
r
1561/1820 = 85,7 % |
34,3
17,4
r
35,8 |
30
15,5
r
32 |
Serre 12- 1998
12- 2001
12- 2002
12- 2003 |
0,6 |
2
5
6
1 |
890/1300 = 68,4 %
r
1002/1120= 89,4 % |
20,6
3,4
r
24,2 |
28,8
4,8
r
34 |
Serre 13- 1998
13- 2001
13- 2002
13- 2003 |
1,1 |
4
7
1
2 |
1875/ 2250= 83,3 %
r
1940/ 2050= 94,6 %
685/ 1900 = 36,0 % |
44
r
62
25 |
40
r
54
22,7 |
Serre 14- 1998
14- 2001
14- 2002
14- 2003 |
1 |
4
1
2
3 |
1550/ 2040= 76 %
1500/1890= 94,3 %
1130/1810= 62,4 % |
33,4
38,3
31
23 |
33,4
38,3
31
23 |
Serre 15- 1998
15- 2001
15- 2002
15- 2003 |
1 |
1
4
5
1 |
1060/2200= 48,2 %
560/1460= 38,3 %
en cours |
25,2
22
11,3
en cours |
25,2
22
11,3
en cours |
16- 1998
16- 2001
16- 2002
16- 2003 |
1,1 |
4
1
2
3 |
1790/2270= 78,9 %
1664/2100= 79,2 %
1107/2060= 53,7 % |
39,9
31,6
33
24 |
36,3
28,7
30
21,8 |
17- 1998
17- 2001
17- 2002
17- 2003 |
1,3 |
4
7
8
1 |
2040/2320= 87,9 %
1440/1775= 81,1 %
en cours |
56,2
17,4
31,7
en cours |
43,2
13,4
24,4
en cours |
19- 1998
19- 2001
19- 2002
19- 2003 |
0,9 |
2
5
6
1 |
1570/2010= 78,1 %
1506/1740= 86,5 % |
32,1
19,3
r
32 |
35,6
21,4
r
35,5 |
20- 1998
20- 2001
20- 2002
20- 2003 |
0,9 |
2
5
6
1 |
1300/1950= 66,7 %
1087/1370= 79,3 %
en cours |
28
19,2
21
en cours |
31,1
21,3
23,3
en cours |
21- 1998
21- 2001
21- 2002
21- 2003 |
0,7 |
2
5
6
1 |
1470/1980= 74,2 %
230/1609= 14,3 %
en cours |
34,2
18,2
r
en cours |
48,8
26
r
en cours |
22- 1998
22- 2001
22- 2002
22- 2003 |
0,7 |
2
5
6
1 |
1075/1240= 86,7 %
147/794= 18,5 %
en cours |
20,7
7
r
en cours |
29,6
10
r
en cours |
23- 1998
23- 2001
23- 2002
23- 2003 |
0,7 |
2
5
6
1 |
1185/1425= 83,1 %
136/948= 14,3 %
en cours |
23,5
9
r
en cours |
33,6
12,8
r
en cours |
24- 1998
24- 2001
24- 2002
24- 2003 |
1,1 |
1
4
5
6 |
1284/2000= 64,2 %
1135/1820= 62,3 % |
27,6
28,2
25 |
25,1
25,6
22,7 |
25- 1998
25- 2001
25- 2002
25- 2003 |
1,1 |
1
4
5
6 |
1337/1920= 69,6 %
930/1760= 52,8 % |
20,4
24,1
18 |
18,5
21,9
16,3 |
(r)= renouvellement de la plantation (arrachage et nettoyage avant une nouvelle plantation).
A partir de ce tableau, les constatations suivantes peuvent être émises :
- Les superficies sans production, notées (r), ne cessent d'augmenter d'une année à l'autre, comme le montre le tableau suivant :
Superficies sans production (ha/année) |
Serres correspondantes |
1998 : 0 ha perdu |
- |
2001 : 1,1 ha perdu |
Serre 13 |
2002 : 4,7 ha perdus |
Serres : 11 ; 12 ; 19 ; 21 ; 22 et 23 |
2003 : 5,3 ha en jeune plantation |
Serres : 15 ; 17 ; 20 ; 21 ; 22 et 23 |
En effet, lors de l'année qui a précédé une nouvelle plantation, ces serres n'ont rien produit et ont bénéficié- si l'on puis dire- d'une année de jachère. Seule la serre 13 a connu un intérêt à cet arrêt de production puisqu'une année après, en 2002, la production a atteint 62 T/1,1 ha, soit 54 T/ha. Les autres serres n'ont pas dépassé 25 à 38 T/ha en leur première génération. L'arrêt de la production lors de l'année qui précède une nouvelle plantation ne présente aucun intérêt dans la bananeraie ; c'est à éviter.
- Le rendement par ha en culture (en retranchant les superficies notées « r »), est passé de 35,3 T/ha en 1998 à 25,7 T/ha en 2003 et à 24,8 T/ha en moyenne des trois dernières années, comme le montre le tableau suivant :
Année |
Rendement pondéré (T/ha) |
1998 |
392,1 T/11,1 ha = 35,3 T/ha |
2001 |
250,8 T/12,2 ha= 20,6 T/ha |
2002 |
242,3 T/8,6 ha = 28,2 T/ha |
2003 |
205,6 T/8 ha = 25,7 T/ha |
C'est ainsi qu'entre 1998 et 2003, chaque serre a réduit sa production moyenne de 10 T/ha. La production a donc diminué ; il est important d'en chercher les causes. Celles-ci peuvent résider soit au niveau du nombre des régimes récoltés rapportés au peuplement total par serre, soit au rang des générations et par conséquent à la sélection des rejets successeurs.
- En ce qui concerne le nombre des régimes récoltés rapportés au peuplement total par serre, le tableau suivant montre que ce % est assez constant et varie de 63 à 79 % entre 1998 et 2003, soit en moyenne 73 %, comme le montre le tableau suivant :
Année |
Nombre de régimes récoltés par année en % du peuplement total (R en % P) |
1998 |
72 % |
2001 |
63 % |
2002 |
76,6 % |
2003 |
78,7 % |
C'est ainsi que presque les trois quarts du peuplement végétal de chaque serre ne présentent aucune anomalie de retard ; les régimes non récoltés sont restés en phase de grossissement et seront comptés sur l'année d'après.
- En ce qui concerne l'effet du rang de la génération, pour toutes serres et années confondues, le tableau suivant précise les données réelles de l'exploitation :
Génération |
Serres |
Rendement moyen T/ha |
R en % P (en moyenne) |
1 |
11,12,13,14,15,16,19 |
35,4 |
81 |
2 |
11,12,13,14,16,19, 20,21,22,23 |
32,2 |
73 |
3 |
14, 16 |
22,5 |
58 |
4 |
13,14, 15,16,17, 24, 25 |
31,2 |
73,6 |
5, 6 ; 7 et 8 |
11,12,15, 17, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25 |
18,5 |
63,2 |
Si l'on écarte la 3 ème génération qui n'est pas suffisamment représentative dans l'exploitation (puisqu'il n'y a que deux serres, 14 et 16), la diminution du rendement d'une génération à l'autre est réelle (35 T/ha à la première génération ; 32 T/ha à la seconde génération, 31 T/ha à la 4 ème génération et moins de 20 T/ha à partir de la 5 ème génération). D'une manière globale, le rendement a varié de 31 à 35 T/ha, sans trop de fluctuations, entre la première et la 4 ème génération, soit en moyenne 33 T/ha/an. Ce rendement semble être constant au niveau de l'exploitation durant les six dernières années pour les générations de 1 à 4. Les rangs supérieurs des générations (5, 6, 7 et 8) ne doivent pas être conduits au niveau de la bananeraie à cause de leur faible performance. En effet, ce sont les serres conduites en générations élevées (6 et 7) qui ont été sans production une année avant le renouvellement de la plantation. Ces serres devaient être renouvelées dès la récolte de la 4 ème génération.
- En ce qui concerne le nombre de régimes récoltés rapporté au peuplement total par serre et par année, on constate qu'à la première génération, la récolte a concerné plus de 80 % des régimes en grossissement. A la 2 ème et à la 4 ème génération, ce % est tombé à 73- 74 %. Ces pourcentages sont assez satisfaisants. Par contre, à partir de la 5 ème génération, la récolte d'une année ne concerne que 63 % des régimes ; le reste est laissé pour l'année d'après, et le retard s'accumule d'une génération élevée à une autre. Cela rejoint la première recommandation qu'il ne faut pas conduire la bananeraie à plus de la 4 ème génération.
Par ailleurs, les conditions environnementales ne sont pas sans effet sur la bananeraie ; la température n'a pas été favorable. En effet,
- En ce qui concerne les minima moyennes durant la mauvaise saison, entre Septembre et Avril, l'année 2003 a été relativement froide ( 10,3 °C en Sept. 2002 par rapport à 17,9 °C en 1998 ; 6,5 °C en Janvier 2003 par rapport à 9,7 °C en 1998 ; 8 °C en Avril 2003 par rapport à 11,2 °C en 1998).
- En ce qui concerne les maxima, durant la saison sèche et chaude, en Juillet, la température n'a pas été favorable non plus. En effet, le maximum enregistré en Juillet 2003 a été de 32,7 °C en moyenne et a fortement dépassé le maximum enregistré en Juillet 1998 ( 27,7 °C ).
- En ce qui concerne l'amplitude thermique enregistrée entre les minima et les maxima de températures, elle est la plus élevée en Juillet 2003 : 20 °C par rapport à 8 °C en 1998. En Juin 2003, elle a atteint 16,7 °C par rapport à 12 °C en 1998. En Septembre 2002, il y a 5°C de plus par rapport à 1998.
D'autre part, le sol semble être bien fertilisé et bien enrichi en phosphore et en potassium, sauf au niveau d'une partie des serres 14 et 16, ce qui signifie que le plan de fertilisation, conçu par le gérant n'est pas appliqué d'une manière homogène au niveau des serres. Une partie des plantes doit donc souffrir d'une carence en potasse au niveau des serres 14 et 16. La fertilité organique et phosphatée du sol est partout assez satisfaisante. A ce niveau, il semble qu'il n'y a pas d'anomalie.
Sur le plan phytosanitaire, les traitements envisagés par le gérant semblent être dans les normes. Par contre, des analyses poussées sur les nématodes n'ont pas été effectuées lors du présent audit à cause du temps qu'il en faut et du coût élevé qu'ils enregistrent. Les analyses de 1999 ont révélé l'existence de différents types de nématodes qui affectent négativement la production. L'application des nématicides a été recommandée dans des rapports antérieurs ; le gérant est bien vigilant sur cette application comme le montre les tableaux des fiches techniques.
Les fiches culturales qui décrivent le train technique de la bananeraie montrent que la culture est bien conduite dans l'exploitation. Les plans de fumures, les calendriers d'irrigation (communiqués oralement par le gérant) et des traitements sont bien conçus et semblent être bien adaptés aux conditions des serres et à un objectif de production élevée. Mais, le résultat a montré leur inefficacité ; ce qui nous pousse à émettre l'hypothèse suivante : il y a une mauvaise application des instructions du gérant et un apport hétérogène des quantités recommandées au niveau des serres.
L'observation de l'état des plantes et les quelques mesures de leur croissance effectuées au hasard au niveau d'une trentaine de tiges, montre qu'il y a une grande hétérogénéité de la vigueur des plantes et de leurs stades de développement. Cette hétérogénéité a toujours existé durant les dernières années dans l'exploitation, principalement à cause de l'avancement de la culture aux générations élevées (au-delà de la 5 ème génération).
En résumé, cette année 2003, il y a 5,3 ha de jeunes plantations, à compter en moins dans la production (en 1998, il y avait 11,1 ha en production, contre 8 ha en 2003) ; de plus, les serres 1, 2, 3, 4, 5 et 6 (soit 8,4 ha ) qui ne font plus partie actuellement des serres productrices dans l'exploitation, n'ont pas été totalement récoltées cette année ; le gérant estime les pertes à près de 100 Tonnes. Cette diminution des superficies en culture a donc sensiblement affecté la production, comme le montre le tableau suivant (relevé au 01-08-2003):
Serres |
Nombre de régimes en floraison au 1/8/03 |
Nombre de régimes récoltés |
Nombre de régimes restant |
Tonnage perdu (estimé selon 20 kg/régime) |
1 |
1743 |
416 |
1327 |
26,5 T |
2 |
1627 |
562 |
1065 |
21,3 T |
3 |
1401 |
435 |
966 |
19,3 T |
4 |
2262 |
691 |
1571 |
31,4 T |
Total |
7033 |
2104 |
4929 |
98,5 |
De même, les serres 24 et 25 (soit 2,2 ha ) qui sont actuellement en 6 ème génération, ne peuvent que permettre une faible production ; cela pourrait également être à l'origine de la chute de celle-ci cette année.
Si l'on ajoute les mauvaises conditions de température (minima plus faibles et maxima plus élevées) de cette année et l'infestation des sols en nématodes malgré les traitements coûteux effectués, on comprend pourquoi la production a bien souffert en 2003.
La compétence du gérant ne semble être pour rien dans cette chute de production. En effet, la contradiction observée entre l'état hétérogène des plantes, leur faible production et la cohérence du train technique ne peut s'expliquer qu'à travers la mauvaise application des recommandations du gérant par les ouvriers ; un contrôle du travail devrait être plus poussé au niveau de l'exploitation.
En ce qui concerne l'organisation du travail dans la bananeraie, les programmes du gérant semblent être soigneusement conçus, mais leur application laisse à désirer à cause d'un contrôle peu efficace des ouvriers. Cela nous pousse à formuler la recommandation suivante : il est important de recruter un technicien qui aidera le gérant à effectuer les contrôles nécessaires dans l'exploitation.
En effet, le contrôle au niveau de l'exploitation est faible et inefficace à cause d'un manque de personnel de confiance auquel le gérant confie la distribution du travail. Il est donc recommandé, en plus du recrutement d'un technicien, que le contrôle soit régulièrement effectué par des enregistrements et par des rapports mensuels présentés au président du domaine.
Au niveau des serres, il est recommandé de noter le mois de formation du régime sur la tige de la plante afin de faciliter le suivi de son grossissement.
Une dizaine de plantes, choisies au hasard par serre doivent être identifiées et suivies dans leur croissance afin de faciliter le contrôle de leur état de vigueur et de l'avancement de leur stade de développement.
La sélection des rejets successeurs doit être effectuée avec plus de rigueur au niveau de la bananeraie afin d'éviter toute surprise de chute de production ou de son arrêt lors de l'année qui précède le renouvellement de la plantation.
Dès que la culture arrive à sa 4 ème génération, il faut prévoir son arrachage à la fin de la récolte afin de renouveler sa plantation.
Les serres 14, 16, 24 et 25 doivent être reconverties en vignobles ou en vergers d'agrumes puisque la culture est en génération avancée et la production est faible.
Fait à Rabat, le
Signé : …. |